Par Aline CATANIA, Ostéopathe D.O.

L’article complet est paru dans La Revue des Ostéopathes, octobre 2009, n°84, 8-29.

Introduction

L’analgésie péridurale (APD) est un acte médical devenu courant en salle de naissances, largement recommandé par l’équipe obstétricale, que l’accouchement se fasse par voie basse ou par césarienne

Au-delà du confort et du soulagement quasi immédiats apportés à la parturiente, l’APD est avant tout un acte garant du maintien d’un bon état général de la femme en travail et de son bébé à naître. Elle pallie les modifications métaboliques que l’expression de la douleur et du stress non contrôlés peut mettre en place des deux côtés de la barrière foeto-placentaire. En régularisant les contractions tout en relâchant le col utérin, l’APD facilite et raccourcit le travail. Elle constitue une excellente prévention en permettant de réagir rapidement et sereinement en cas d’éventuelles complications.

Malgré ces intérêts, l’Ostéopathie s’est souvent opposée à la banalisation de l’analgésie péridurale. D’un point de vue purement mécanique, l’APD reste un geste « traumatique » et « traumatisant » pour l’organisme, surtout pour l’axe rachidien qui est contraint de s’y adapter, tant sur le plan osseux, que tissulaire ou liquidien.

Une réserve est également émise quant aux drogues injectées dans l’espace péridural qui diffusent au travers de la dure-mère rachidienne. Outre l’inflammation au point d’injection, elles peuvent être sources d’adhérences et de dysfonctions membraneuses à l’origine de lombalgies/rachialgies récurrentes.

La pénétration de l’aiguille au travers des tissus concernés peut provoquer un phénomène d’accolement membraneux sous-jacent, notamment à cause du léger saignement des tissus traversés. L’hématome et l’oedème localisés peuvent entraîner un processus inflammatoire et une réaction cicatricielle à l’origine d’une adhérence membraneuse.

L’adhérence induit la mise en place d’un point fixe pathologique perturbant l’équilibre fragile des tensions-relâchements du système dure-mérien intra et extra-crânien. Il se produit une tension excessive de la dure-mère inextensible, ce qui, à long terme, génère une dysfonction membraneuse. La tension des Membranes de Tension Réciproque (MTR) fige le crâne dans son ensemble. La liberté articulaire des os s’en trouve limitée, ce qui ajoute une contrainte directe et mécanique sur les structures englobées par les méninges (vaisseaux, nerfs, ventricules cérébraux). La dynamique du Liquide Céphalo-Rachidien (LCR) est également perturbée [CHETAILLE, 2000, p. 78].

Si l’on prend de plus en compte le mécanisme de vasoplégie sympathique consécutif à l’injection des drogues anesthésiques, outre leur toxicité variable sur les éléments qu’ils concernent (notamment sur la dure-mère à travers laquelle ils diffusent pour atteindre la moelle et agir à son niveau), il en résulte bien une altération de la qualité de l’Impulsion Rythmique Crânienne ou IRC.

L’IRC étant le reflet de l’état de vitalité du sujet, on peut en conclure que l’APD agit de manière délétère sur cet état et qu’elle entraîne des répercussions à plus ou moins long terme qu’il conviendrait d’envisager.

Le débat est loin d’être clos car l’APD présenterait, malgré tout, des éléments favorables à la restitution d’une IRC convenable en permettant une régularisation de la tension artérielle et un arrêt de la douleur qui est un facteur important de stress physique et psychologique [TOURNAIRE, 1987, pp. 20-27]. Par cette action conjuguée, l’APD garantit, elle aussi en un sens, le maintien d’une activité IRC de bonne qualité.

Alors faut-il exclure ou inclure l’APD dans les conseils que nous sommes amenés à prodiguer aux futures mamans qui nous interrogent sur le sujet ?

Nous avons voulu apprécier la qualité de mobilité de l’axe crânio-sacré en temps réel, avant, pendant et après la mise en place d’une analgésie loco-régionale dans le but de constater les effets produits par  l’injection des drogues en bolus dans l’espace péridural sur l’axe crâne-sacrum membraneux, osseux et liquidien.

Cet article n’est pas un plaidoyer en faveur de l’analgésie péridurale. Mais en apportant un éclairage nouveau, il peut contribuer à modérer quelques idées préconçues.

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